jeudi 11 décembre 2014

L'insomniaque écrit aussi. (voici ce qu'il arrive lorsqu'il écrit sans réflechir à ce qu'il fait)

Beaucoup rêvent de l’immortalité avec ferveur. L’immortel la regarde comme une malédiction. Figé dans le temps, on ne discerne plus grand-chose à part l’omnibulante réalité de notre situation. Il n’y a plus d’avenir, quand il n’y a pas de fin. Peu importe le demain ou l’an prochain, on se lève et on s’endort avec cet espace figé dans le temps. Les gens vont et viennent, et le sablier de la vie s’écoule avec eux. Perdu au beau milieu de cette horloge humaine, l’immortelle est un observateur, il est le gardien du temps et est le seul à avoir la main sur tout cela. Il regarde avec attention et une certaines perversité. Nul ne pourra le lui reprocher, il n’est plus atteint par rien d’autre que sa propre conscience. Il est en dehors du temps, en dehors de l’humanité. L’homme  est fini, lui il ne fait que commencer et terminer.

Il regarde, il contemple. Il se sent comme l’instigateur de cette mascarade, celle de son existence. Il ne prend aucun plaisir, car le plaisir est éphémère, mais lui ne l’est pas. Le plaisir n’est pas intemporel. Il est fait pour finir. Il est fait pour commencer. Perdu dans la finité des sentiments, il songe. Aucune douleur, car elle est guérissable, il s’octroie des séances de torture, en s’envolant au-dessus des sensations humaines. Quand le temps n’a plus d’emprise sur vous, la douleur devient illusoire. La thérapie du rire est amusante en elle-même car lorsqu’on peut s’arrêter de rire, on peut également ne jamais en finir. Il est à la fois tout et rien. Il divague, s’évade. Il détourne son regard du monde, il rêve, se plonge dans le sommeil absolu, celui du non-mort, du non-vivant. Son regard revient sur l’homme, rien n’a changé. Juste les costumes diffèrent. Lui, il est resté le même. Avec sa perfection maudite. Il est tout, il est rien.

Nul homme ne pourra jamais le comprendre. L’infini n’est pas humain. L’infini n’est ni vivant ni mort. Les femmes n’ont plus aucun gout, l’homme n’a plus de saveur. Il est tout, il n’est rien. L’enfant ne rit plus, le vieux n’agonise plus. A jamais l’immortel guette. Pas de récompense à l’arrivée, car celle-ci arrive à reculons, une guerre en retard. C’est comme poursuive le temps avec une horloge. Jamais la petite aiguille ne rattrapera la grande. L’immortel veille. L’immortel est un mathématicien. Il sait, il a calculé et son équation tombera toujours juste. Il est le mathématicien de la vie car il est le seul à pouvoir la cerner du début à sa fin. L’immortel, il est droit, il est blanc,  il est franc, impartial et sans regret. Il agit mais ne s’implique pas. Il est vif mais distant. L’immortel est le vent et l’eau. L’immortel est celui qui vient chercher l’homme sur son lit de mort.


Il est à la fois tout et rien. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire