Beaucoup rêvent de l’immortalité avec ferveur. L’immortel la
regarde comme une malédiction. Figé dans le temps, on ne discerne plus grand-chose
à part l’omnibulante réalité de notre situation. Il n’y a plus d’avenir, quand
il n’y a pas de fin. Peu importe le demain ou l’an prochain, on se lève et on s’endort
avec cet espace figé dans le temps. Les gens vont et viennent, et le sablier de
la vie s’écoule avec eux. Perdu au beau milieu de cette horloge humaine, l’immortelle
est un observateur, il est le gardien du temps et est le seul à avoir la main
sur tout cela. Il regarde avec attention et une certaines perversité. Nul ne
pourra le lui reprocher, il n’est plus atteint par rien d’autre que sa propre
conscience. Il est en dehors du temps, en dehors de l’humanité. L’homme est fini, lui il ne fait que commencer et
terminer.
Il regarde, il contemple. Il se sent comme l’instigateur de
cette mascarade, celle de son existence. Il ne prend aucun plaisir, car le
plaisir est éphémère, mais lui ne l’est pas. Le plaisir n’est pas intemporel.
Il est fait pour finir. Il est fait pour commencer. Perdu dans la finité des
sentiments, il songe. Aucune douleur, car elle est guérissable, il s’octroie
des séances de torture, en s’envolant au-dessus des sensations humaines. Quand
le temps n’a plus d’emprise sur vous, la douleur devient illusoire. La thérapie
du rire est amusante en elle-même car lorsqu’on peut s’arrêter de rire, on peut
également ne jamais en finir. Il est à la fois tout et rien. Il divague, s’évade.
Il détourne son regard du monde, il rêve, se plonge dans le sommeil absolu, celui
du non-mort, du non-vivant. Son regard revient sur l’homme, rien n’a changé.
Juste les costumes diffèrent. Lui, il est resté le même. Avec sa perfection
maudite. Il est tout, il est rien.
Nul homme ne pourra jamais le comprendre. L’infini n’est pas
humain. L’infini n’est ni vivant ni mort. Les femmes n’ont plus aucun gout, l’homme
n’a plus de saveur. Il est tout, il n’est rien. L’enfant ne rit plus, le vieux
n’agonise plus. A jamais l’immortel guette. Pas de récompense à l’arrivée, car
celle-ci arrive à reculons, une guerre en retard. C’est comme poursuive le
temps avec une horloge. Jamais la petite aiguille ne rattrapera la grande. L’immortel
veille. L’immortel est un mathématicien. Il sait, il a calculé et son équation
tombera toujours juste. Il est le mathématicien de la vie car il est le seul à
pouvoir la cerner du début à sa fin. L’immortel, il est droit, il est
blanc, il est franc, impartial et sans
regret. Il agit mais ne s’implique pas. Il est vif mais distant. L’immortel est
le vent et l’eau. L’immortel est celui qui vient chercher l’homme sur son lit
de mort.
Il est à la fois tout et rien.
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